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Lettres pastorales / Hirtenbriefe
Le Saint-Esprit, notre force
Lettre pastorale pour le temps de Carême 2008

I

Dans le processus de renouvellement dans lequel s’est engagée l’Eglise du Christ qui est à Luxembourg, nous avons atteint la troisième étape de notre projet pastoral « DräiSchrëtt » (Trois Pas). Après les réflexions centrées sur les sacrements du baptême et de l’eucharistie, qui ont marqué les deux années passées, la confirmation se trouve au milieu de nos réflexions de cette troisième année, et la confirmation nous amène à parler du Saint-Esprit.

Grâce au baptême, l’homme entre dans l’Eglise de Jésus-Christ. Il y appartient entièrement lorsque, grâce à la confirmation, il est fortifié par l’Esprit-Saint qu’il avait déjà reçu lors du baptême. Le sacrement de la confirmation ne prodigue pas de don nouveau, mais il s’agit d’un plus, d’une nouvelle énergie, d’une nouvelle force qui permet de vivre ce dont les fondements remontent au baptême; le Saint-Esprit stimule et vivifie les enfants de Dieu.

L’eucharistie est la nourriture permanente nécessaire pour mener la vie nouvelle donnée aux hommes par Dieu en faveur des hommes et du monde.

La confirmation est le sacrement destiné à l’homme qui sait quel cadeau il reçoit, qui comprend quelle est sa mission, quel est son devoir et qui est prêt à y faire face.

Le baptême nous permet pour ainsi dire de pénétrer dans la maison qu’est l’Eglise. L’eucharistie nous fait asseoir à la table à laquelle le Seigneur Jésus nous invite avec nos frères et soeurs afin que nous construisions l’Eglise et donnions au monde un témoignage crédible.

Avec la venue du Saint-Esprit à la Pentecôte, commence la vie de l’Eglise.

Nous savons par les Actes des Apôtres, également appelés Evangile du Saint-Esprit, qu’après l’Ascension, les apôtres ont été saisis de peur. Ils se sont enfermés dans la salle de la Dernière Cène. Mais, lorsqu’à la Pentecôte l’Esprit est descendu sur eux sous forme de langues de feu et dans un souffle de tempête, ils sont descendus dans la rue et, sans peur aucune, ils ont témoigné du Christ sur les places de Jérusalem. Nous aussi, aujourd’hui, avons le devoir de porter témoignage. Rien ne peut nous délier de cette obligation. Nous y sommes tenus comme individus et comme membres de la communauté ecclésiale.

L’Eglise, de son côté, est et reste obligée à rester fidèle à ce devoir. Jésus est le centre de l’Eglise. Il a donné à l’Eglise une mission pour le monde : elle doit proclamer la Bonne Nouvelle et en faire découvrir les effets sur les hommes.

L’Eglise continue la mission reçue du Christ. Elle est envoyée dans le monde pour le salut des hommes. Si telle est sa mission, L’Eglise doit se mesurer aux paroles et aux actes du Christ. Le Christ est venu porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, libérer les prisonniers, guérir les malades, proclamer une année de grâces du Seigneur. [1] A l’exemple de Jésus, qui était humainement proche des autres, entièrement à leur service, l’Eglise aussi doit être au service de l’homme. Sa marque distinctive doivent être les services rendus aux hommes.

L’Eglise n’est pas une fin en soi mais, selon le Concile Vatican II, un signe visible parmi les hommes appelés à construire le règne de Dieu qui est justice. [2]

C’est l’Esprit-Saint qui inspire l’Eglise et la pousse à exécuter cette mission. C’est lui qui, simultanément, nous y habilite pour ainsi dire.

Nous rendre à nouveau conscients de la force du Saint-Esprit et nous exposer à son feu, tel est le but de cette année où nous voilà arrivés au troisième des « Trois Pas ».

II

L’Eglise, pour parler de l’Esprit-Saint, a recours à différentes images. De quel côté qu’on soit, il n’est pas possible de ne pas entendre son appel. Dans la séquence de la Pentecòte, il est dit clairement :

« Viens en nous, père des pauvres,

Viens dispensateur des dons,

Viens lumière de nos coeurs. »

Cet appel nous fait découvrir où Dieu veut nous conduire : auprès des pauvres. L’Esprit-Saint veut nous ouvrir les yeux, surtout ceux du coeur, afin que nous trouvions les hommes qui ont besoin de nous.

Lorsqu’il y a près de trente ans Mère Teresa de Calcutta est venue à l’Assemblée des Catholiques en Allemagne elle a voulu, par cette question provocante, inciter ses auditeurs à réfléchir : « Les connaissez-vous, les pauvres de votre ville ? »

Connaissons-nous les pauvres de notre pays ? La pauvreté existe aussi dans le petit pays riche qu’est le Luxembourg. Elle se présente sous diverses formes.

Certes, chez nous, il n’existe pas seulement une apparence de richesse, la vraie richesse peut être trouvée. Mais il ne faut pas se laisser tromper ou éblouir. Dans notre société d’abondance, la misère, le besoin et la pauvreté, souvent dissimulée, existent bel et bien. Nous devons ne pas les perdre de vue.

Dans son encyclique « Deus caritas est », le pape Benoit XVI évoque cette réalité en écrivant : « l’Église, en tant que famille de Dieu, doit être aujourd’hui comme hier, un lieu d’entraide mutuelle et, en même temps, un lieu de disponibilité pour servir aussi les personnes qui, hors d’elle, ont besoin d’aide. » [3] - « La nature profonde de l’Eglise s’exprime dans une triple tâche : annonce de la Parole de Dieu, célébration des sacrements, service de la charité. Ce sont trois tâches qui s’appellent l’une l’autre et qui ne peuvent être séparées l’une de l’autre. La charité n’est pas pour l’Eglise une sorte d’activité d’assistance sociale qu’on pourrait laisser aussi à d’autres, mais elle appartient à sa nature, elle est une expression de son essence elle-même, à laquelle elle ne peut renoncer. » [4]

Une société où personne ne s’intéresse à son prochain ni ne s’engage pour lui se défait. Ce danger existe chez nous où la cohésion sociale est sur le point de s’effriter. Comme Eglise nous avons relevé ce défi et, par la Parole sociale, nous prenons nos responsabilités.

III

Dans la Parole sociale, nous nous rendons compte comment les chrétiens peuvent s’engager de manière concrète et efficace dans la société actuelle. Il est réjouissant de voir que nombre de petites et de grandes initiatives prises par des particuliers, des communautés pastorales et diverses autres organisations s’inscrivent dans le dynamisme de notre Parole sociale. Cette démarche commune doit rendre visible notre contribution à un monde plus juste et équitable. L’Esprit de Dieu, le Paraclet, l’Intercesseur nous assiste dans notre démarche.

Nous savons que la pauvreté existe chez nous. Qu’elle augmente est un vrai scandale dans un pays aussi riche. Beaucoup de gens vivent en-dessous du seuil de pauvreté. Voilà pourquoi la solidarité doit se développer davantage sur tous les plans, y compris de manière structurelle. Voici le défi lancé en fin de compte à chacun de nous : Que celui qui est en mesure de donner s’y décide ! Si nous sommes tous solidaires, si nous nous épaulons les uns les autres, personne ne doit avoir peur de tomber à travers le filet social et d’être exclu.

Nos concitoyens d’origine étrangère et les personnes qui viennent travailler chez nous ne doivent pas être perdus de vue. Ils apportent leur contribution à la solidarité qui existe dans notre pays. Ils apportent l’expérience de leur vie et leur culture. Ainsi, ensemble avec eux, nous gagnons en richesse culturelle et humaine. Intégration et cohésion vont ensemble chez les hommes qui ont besoin les uns des autres et qui s’entraident. Au cours des vingt dernières années, notre Service socio-pastoral intercommunautaire Se.So.P.I. a effectué un travail exemplaire. On a pu développer une meilleure compréhension pour les hommes parlant d’autres langues et appartenant à d’autres cultures. De bons et positifs débuts de « pastorale intercommunautaire » ont pris forme et les différentes communautés ont pu, en y apportant leur propre créativité, s’intégrer dans la grande communauté qu’est l’Eglise du Christ à Luxembourg.

Dans les domaines de l’intégration et de la cohésion, la Caritas luxembourgeoise rend, depuis 75 ans, de précieux services. Grâce à son engagement, avec et pour les réfugiés du monde entier, elle a contribué à faire régner plus d’humanité et de chaleur dans notre société. Merci également au Tricentenaire qui, depuis 30 ans, accompagne de manière respectueuse des personnes ayant un handicap en leur faisant sentir que, par leur expérience profondément humaine, ils appartiennent à part entière à notre société qui a besoin de tous.

En effet, tous font partie de la solidarité sociale. Nous n’avons pas le droit d’abandonner un être humain, que ce soit au commencement ou à la fin de la vie, ni l’exclure de notre prise en charge solidaire, même s’il le voulait et surtout si d’autres en exprimaient le désir. Toute tentative de miner notre culture de la vie et pour la vie, durement acquise, doit se heurter à notre résistance et à notre refus. Créer de bonnes conditions de vie pour tous les hommes et toutes les femmes est le but de notre collaboration au sein de la société à laquelle nous appartenons comme Eglise. L’Esprit de Dieu nous fortifie dans cet engagement pour les plus petits et les plus faibles parmi nous. Ce sont nos relations avec eux qui seront la jauge permettant de mesurer notre humanité.

IV

La Parole sociale aborde aussi le problème du logement. Son prix doit redevenir abordable. Pour de nombreuses gens, ce n’est plus le cas et les prix élevés les réduisent souvent à la détresse existentielle. Chacun devrait se demander si, dans ce domaine, une part de responsabilité lui incombe. Garder pour soi des terrains dans l’espoir de les voir augmenter en valeur, ce n’est pas correct. Exiger un loyer trop élevé sur un marché du logement déjà critique est une erreur et une injustice. L’Eglise est, de façon claire et nette, en faveur de la propriété privée. Mais tout aussi clairement elle défend les obligations sociales liées à la propriété privée. Et en tant qu’Eglise, dans la mesure où nous sommes dotés de terres ou d’autres biens, nous sommes tenus à pratiquer la justice.

Soyons, comme chrétiens, exemplaires et partageons ce qui nous appartient. Le partage n’appauvrit pas ! Le partage crée la communion. Le partage engendre la solidarité et la justice. Mener une vie de simplicité est, de nos jours et dans notre société, plus difficile que jamais. Les tentations sont puissantes, l’incitation à la consommation énorme. Que ce temps de Carême nous fortifie dans notre quête d’une vie plus simple, où nous pourrons nous concentrer sur l’essentiel. Consommer moins commence chez soi. Vivre simplement ne signifie pas renoncer à la vie et à ses joies, mais c’est une façon de vivre mieux, chacun pris séparément et tous ensemble.

Dans notre pays, il existe trop d’hommes et de femmes qui ne trouvent plus de travail ou qui le perdent. Ensemble nous devons faire preuve d’imagination pour créer du travail ou le partager en sorte qu’un maximum de personnes, qui en sont capables, puissent participer à la construction de notre société. Évoquons ici le travail familial et le bénévolat qu’il faut reconnaître et valoriser.

Le phénomène de la dépendance et du recours aux drogues nous rend attentifs au fait que certains ne se sentent pas à l’aise dans le monde où nous vivons. C’est la raison pourquoi ils s’enfuient dans un autre monde où ils cherchent en vain le bonheur. L’exploitation d’êtres dépendants est une injustice criante. Eux-mêmes et les familles concernées réclament, à raison, notre attention et demandent une aide adéquate.

La pauvreté enfantine, matérielle et culturelle, existe également au Luxembourg. Aujourd’hui l’école doit contribuer à résoudre bien des problèmes qui, jadis, trouvaient leurs solutions dans les familles. Ce qui est exigé des enseignants, également de ceux dont la spécialité est l’instruction religieuse, est une lourde tâche. Une nouvelle école où l’enfant, être humain à part entière, sera au centre des préoccupations est en train de voir le jour. Cette orientation est digne d’éloges. La religion et les valeurs parmi lesquelles se trouvent les valeurs religieuses ont leur importance dans ce contexte. En effet, l’instruction religieuse et morale contribue à créer une école pleinement adaptée aux enfants et aux jeunes, une école consciente de ses obligations vis-à-vis de l’homme vu dans l’ensemble de ses aspirations.

Pour terminer je voudrais recommander la troisième étape des « Trois Pas » (DräiSchrëtt), et en particulier la démarche sociale à laquelle nous incite l’Esprit de Dieu, à l’intercession de St. Willibrord dont nous commémorons cette année le 1350e anniversaire de naissance. Je confie tout aux mains de Marie, Mère du Bon Conseil. Qu’elle appelle sur l’Eglise l’Esprit de Dieu, comme elle l’a fait à la Pentecôte. En sa prière nous pouvons avoir pleine confiance.

Luxembourg, le 15 janvier 2008

[1] Lc 4

[2] Cf. Constitution conciliaire « Lumen Gentium »

[3] DCE 32

[4] DCE 25a

 
Fernand FRANCK Mgr
Archevêque . Erzbischof
 
 
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