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Lettres pastorales / Hirtenbriefe
Lettre de l’Archevêque de Luxembourg concernant les actes d’abus sexuel et de violence physique commis sur des mineurs dans le contexte ecclésial
Chers Frères et Sœurs dans le Christ, En ce dernier dimanche de l’année liturgique, nous célébrons la solennité du Christ-Roi. Mais son Royaume n’est pas de ce monde. L’évangile d’aujourd’hui le souligne : il est un roi crucifié. C’est sur lui que se pose notre regard, c’est dans ses plaies que nous reconnaissons les blessures qui sont le résultat d’actes de violence ou d’abus sexuel perpétrés par des représentants de l’Église ou dans le contexte ecclésial. Oui, de tels crimes ont été commis au sein de l’Église, également chez nous, au Luxembourg. Le rapport final de la Cellule d’accueil des victimes d’abus sexuels ou physiques sur mineurs dans le cadre de l’Église révèle des pages fort sombres de l’histoire de l’Église qui est au Luxembourg. Nous sommes choqués et scandalisés par les accusations et les inculpations qui ont été portées au jour : il s’agit en partie d’incidents qui remontent dans un passé assez lointain – la plus grande partie date d’avant 1980 – mais un certain nombre de charges concernent des faits plus récents. Profondément inquiets, nous nous demandons comment ce que nous regrettons si fortement pouvait se produire, comment cela était possible. Nous première pensée et toute notre sollicitude vont vers les victimes. Je tiens à leur dire combien nous sommes consternés. Au-delà des lésions physiques ou psychiques qui leur ont été infligées, c’est leur confiance et leur dignité qui ont été blessées. Souvent une vie entière ne suffit pas pour laisser de telles blessures se cicatriser. Nous ne pouvons, certes, faire en sorte que ces choses n’aient pas eu lieu, mais nous sommes effarés et nous avons honte. Nous ressentons une profonde compassion pour les victimes que nous assurons de toute notre sympathie et de notre disposition à leur venir en aide s’ils désirent s’adresser à nous. Au nom de l’Église qui est au Luxembourg, je leur demande pardon et leur confirme combien nous regrettons ce comportement gravement scélérat de la part de prêtres, de religieux et, dans quelques cas isolés, de laïcs dans le cadre ecclésial. Ces actes sont en contradiction flagrante avec l’Évangile du Christ et avec la mission et les devoirs de l’Église. Notre Cellule d’accueil a réuni un certain nombre d’experts et de consultants. Elle a offert aux victimes la possibilité de prendre contact, d’exprimer ouvertement leurs douloureux souvenirs et de trouver de l’aide pour surmonter leurs traumatismes. En ce qui concerne la responsabilité de ceux qui ont été inculpés, je tiens à souligner que toutes les accusations exprimées ont été déférées immédiatement et sans restriction au parquet. Nous avons également engagé les procédures canoniques nécessaires dans ces cas. Mais cela ne suffit pas. Il faut maintenant tout faire pour que de telles situations ne se reproduisent plus. Ceci requiert tout notre engagement. Il concerne en premier lieu une prévention renforcée quant au choix et à la formation des candidats au sacerdoce; il s’agit en outre de développer l’accompagnement humain et spirituel des prêtres et de tous ceux qui, hommes et femmes, sont au service de la pastorale. Je tiens aussi à exprimer ma reconnaissance et ma gratitude à la Cellule d’accueil des victimes d’abus sexuels ou physiques, à ses coordinateurs, à son comité de guidance et aux experts. Ils ont fait preuve d’une grande disponibilité et accompli un énorme travail. Tout comme à l’étranger, un vieux tabou a été brisé chez nous. Ce fut une libération pour les victimes et en fin de compte aussi pour l’Église. Celle-ci se trouve à présent dans une situation qu’elle n’a pas connue auparavant. Elle a, certes, perdu en crédibilité dans la société; même parmi certains de ses membres, la confiance a été ébranlée. Nous ne pouvons donc pas simplement passer à l’ordre du jour. C’est un temps de conversion, de pénitence et d’humilité qui nous attend, comme le pape Benoît XVI l’a rappelé [1]. Nous devons retrouver, voire apprendre une sincérité absolue. Comme toute crise, cet immense défi peut conduire à une purification de l’Église. Pour qu’il en soit ainsi, elle doit à nouveau prendre conscience de sa mission, elle doit s’orienter de nouveau vers son centre, Jésus-Christ, et prendre un nouveau départ dans la force de l’Esprit Saint dont l’assistance lui est assurée en tout temps. Ainsi nous désirons nous orienter continuellement selon la lumière de l’Évangile et tout mettre en œuvre pour être une Église d’accueil, ouverte à toute personne de bonne volonté. Or, cela n’est pas possible si nous ne devenons davantage, de jour en jour, une Église qui prie et prend la parole de Dieu comme guide, une Église qui écoute les êtres humains et se laisse défier par les signes des temps, pour devenir ainsi plus crédible et plus proche de tous les êtres humains. Alors seulement nous serons une Église en chemin qui s’engage davantage dans le dialogue, une vraie communion de frères et sœurs dans le Christ, une Église dans laquelle les hommes de notre temps pourront avoir confiance, une Église qui respecte la dignité de tout être humain, même du plus petit, et dans laquelle enfants et jeunes trouveront la place et l’estime qui leur sont dues. C’est entre les mains de notre patronne, Notre-Dame, la Consolatrice des Affligés, que je remets ces intentions. Qu’elle nous guide, à travers ces heures d’assombrissement, vers la Lumière. Luxembourg, le 19 novembre 2010 [1] dans une interview qu’il a donnée pendant le vol qui l’emmenait en Angleterre le 16 septembre passé Fernand FRANCK Mgr
Archevêque . Erzbischof
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