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Lettres pastorales / Hirtenbriefe
Libre pour Dieu et libre pour l’homme
Lettre pastorale pour le temps de Carême 2007

Grâce au projet pastoral « DräiSchrëtt » (Trois pas), couvrant trois années, L’Eglise luxembourgeoise se propose de redécouvrir les sacrements du baptême, de l’eucharistie et de la confirmation dans l’espoir que notre temps s’en trouvera enrichi. L’an passé, le sacrement du baptême et l’eau étaient mis à l’avant. Des réflexions et des expériences précieuses en rapport avec ce sacrement, placé à l’origine de la vie chrétienne, ont pu être recueillies au cours de cette première année.
Cette année-ci, nous nous proposons d’approfondir notre connaissance d’un sacrement qui occupe une place particulière parmi les sept sacrements : l’eucharistie. Si l’élément aquatique se trouve relié au baptême, c’est l’élément terre qui se trouve relié à l’eucharistie; la communion nous ramène à la terre, au sol faisant pousser les grains qui donneront le pain et les raisins qui donneront le vin. L’eucharistie signifie une ouverture sur la création et le monde qui nous entoure.
Depuis les temps les plus anciens, c’est-à-dire depuis l’époque des apôtres, les chrétiens célèbrent le premier jour de la semaine comme le jour de la résurrection du Christ d’entre les morts. Ils se réunissent pour rompre ensemble le pain (cf. Ac 20,7), c’est-à-dire pour célébrer l’eucharistie. Le dimanche et l’eucharistie sont, dès le début, une indivisible unité.
Cette année, le Luxembourg et sa grande région se trouvent promus Capitale Européenne de la Culture. Depuis toujours, les Eglises sont porteuses de culture, inspirant l’architecture, les beaux-arts et la musique, mais le rythme et la structure de la vie quotidienne portent également cette empreinte. Une des contributions les plus importantes du christianisme à la culture est le dimanche. Nous parlons d’une véritable « culture » du dimanche.
Et de nos jours, la culture du dimanche persiste : le caractère festif de ce jour se trouve souligné par la présence, dans les églises de notre pays, d’un nombre non négligeable de gens réunis pour les célébrations liturgiques.

I
Le dimanche est un bien culturel

Le bien culturel qu’est le dimanche s’est développé à partir de racines judéo-chrétiennes. C’est un jour de repos et de détente pour l’individu, un jour qui permet de nouer des contacts humains et d’approfondir les relations avec Dieu. Le dimanche contribue à l’amélioration de la vie en commun. Les premiers chrétiens étaient convaincus qu’une vie sans repos dominical n’était pas vivable. Le pape Benoît XVI s’y réfère lorsque, lors de la prière de l’Angélus, en mai 2005, il déclare : « ‘Sans le dimanche, nous ne pouvons pas vivre’ : ainsi professaient les premiers chrétiens, même au prix de leur vie, et c’est ce que nous sommes appelés à répéter nous aussi aujourd’hui. »
Le dimanche donne à la semaine son rientation et son rythme. Le repos dominical signifie qu’une vie digne de l’homme n’est pas seulement faite de travail et de biens matériels.
Comme bien culturel, le dimanche est protégé par les lois. Mais les changements apparus dans les processus de travail et dans l’organisation des loisirs développent la tendance visant à l’assimilation du dimanche aux autres jours de la semaine. Comme chrétiens nous n’avons pas seulement le souci, mais également la responsabilité de préserver le statut particulier du dimanche. Le défunt pape Jean-Paul II écrit à ce propos : « C’est pourquoi il est naturel que les chrétiens veillent à ce que la législation civile tienne compte de leur devoir de sanctifier le dimanche, même dans les conditions particulières de notre époque. » Ensemble nous devons préserver ce qui nous est précieux et nous aide à vivre.

II
La valeur du dimanche pour la famille

Le dimanche est un facteur important pour la cohésion sociale de la famille. Une des raisons pourquoi le dimanche a perdu sa place prééminente au début de la semaine est que le réseau familial et la cohésion de la famille se sont relâchés en trop d’endroits et ont perdu de leur force porteuse. Sur cet arrière-fonds se lisent alors des questions fondamentales, p.ex. : Combien de valeurs communes nous reste-t-il encore ? Combien d’esprit communautaire sommes-nous encore capables d’accepter ? Dans combien de familles garde-t-on le souci que tous ceux qui en font partie se réunissent autour d’une table une fois par jour ou, au moins, une fois par semaine, le dimanche ? La famille est-elle devenue, pour employer une image, une communauté n’engageant à rien, composée d’individus solitaires, se croisant brièvement sur le seuil d’une porte avant de prendre place dans une auto ou dans le prochain train ?
Quels sont les facteurs qui maintiennent l’unité de la famille ? - Le temps et ses multiples facettes. Le temps pris pour se parler, réfléchir ensemble, entreprendre une activité commune, organiser une fête, rendre visite à un malade, à une personne âgée, le temps réservé à des activités variées, sans but déterminé, mais contribuant à l’épanouissement des autres et de soi-même. Si nous sommes prêts à donner de notre temps, nous redevenons prêts à la prière et à la célébration de l’eucharistie par laquelle nous rendons grâce.
« Est-il vraiment si important de parler du dimanche ? » pensez-vous peut-être. Oui, je suis de cet avis. En effet, la forme que prendra à l’avenir la célébration du dimanche sera décisive dans la transmission de la foi aux générations futures et même de la transmission de la culture en soi.
Mais le dimanche n’aura sa chance que si nous réussissons à remplir cette journée de convictions et de valeurs partagées ensemble et axées sur les réalités d’aujourd’hui telles que nous les vivons. En font partie des contenus religieux. C’est là que se situe le défi lancé à l’Eglise.

III
« L’Eglise vit de l’Eucharistie »

Dans les « Actes des Apôtres » il est écrit : « Le premier jour de la semaine, alors que nous étions réunis pour rompre le pain (....). » (Ac 20,7; cf. aussi Ac 2,42). Aux premiers temps de l’Eglise, la célébration de l’eucharistie est désignée par la locution « rompre le pain »; on parle encore de « repas du Seigneur » (cf. 1 Co 11,17-34 surt. v. 20). L’expression « repas du Seigneur » attire l’attention sur la présence du Christ au milieu de tous ceux qui se réunissent en son nom et agissent selon son Esprit.
L’Eglise vit de l’eucharistie. Oui, l’Eglise est présente lorsque l’eucharistie est célébrée. Nulle part ailleurs elle se réalise autant que lors de cette célébration. L’eucharistie est vitale pour l’Eglise, mais elle est également vitale pour nous tous qui, par le baptême, appartenons à la communauté ecclésiale. C’est le Christ lui-même qui nous invite à la table de l’eucharistie. Celui qui, sans véritable raison, s’y soustrait de façon conséquente, manque de répondre au Christ et se retire de la communauté. Ce n’est pas une bagatelle ! La célébration liturgique signifie en dernière analyse : nous sommes là pour Dieu parce qu’Il est là pour nous. Nous prenons du temps pour Lui parce qu’Il en prend pour nous.
Dans ma lettre pour le temps de Carême de l’an 2005, j’avais rendu attentif à la signification centrale de la célébration eucharistique au sein de la communauté pastorale. J’avais écrit : « La célébration eucharistique dominicale est au coeur de la communauté pastorale. » Voilà pourquoi cette communauté devrait participer à la préparation et à la réalisation de la messe dominicale et des temps liturgiques particuliers que sont le Carême, la Semaine Sainte ou encore le temps de l’Avent.

IV
Eucharistie : « rompre le pain »

Dans cette parole, il ne s’agit pas d’un morceau de pain, mais de Jésus lui-même. Cette image, plus que toute autre, rend apparent le mouvement vital de Jésus - elle révèle le fond de son être. On pouvait reconnaître Jésus à la rupture du pain, on le reconnaît encore à ce geste. Il ne constitue pas seulement le point culminant de l’amour de Jésus, aboutissant à sa mort sur la croix, mais il résume également toutes les rencontres de Jésus avec les hommes. Il résume tous les moments où il a communié avec les hommes en les guérissant et en les libérant. Jésus n’a pas vécu pour soi-même, mais pour les autres !
« Rompre le pain » a des conséquences pratiques pour nous aussi : en effet, le Christ nous entraîne sur le chemin de sa pratique de l’amour du prochain et de la solidarité.
Dans sa première encyclique « Deus caritas est - Dieu est Amour » le pape Benoît XVI souligne clairement le rapport entre l’eucharistie et le service du prochain. Nous y lisons : « Dans la communion eucharistique sont contenus le fait d’être aimé et celui d’aimer les autres à leur tour. Une eucharistie qui ne se traduit pas en une pratique concrète de l’amour est elle-même tronquée. Réciproquement. (...) le ‘commandement’ de l’amour ne devient possible que parce qu’il n’est pas seulement une exigence : l’amour peut être ‘commandé’ parce qu’il est d’abord donné. »
Dans chaque célébration eucharistique, nous sommes invités à recevoir comme un cadeau ce mouvement dont l’origine divine se trouve ancrée dans le Christ. Le cadeau de l’amour s’épanouissant à partir de la célébration eucharistique est d’abord vécu par nous comme une grâce, un don, et dans un second mouvement, comme un appel pressant, une tâche qui nous incombe. Nous nous souvenons des paroles du Christ lors de la Dernière Cène : « Faites ceci en mémoire de moi ! » (Lc 22,19) « Car c’est un exemple que je vous ai donné : ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi. » (Jn 13,15)
La véritable signification perçant ici est l’appel du Christ nous invitant à devenir des hommes qui se donnent. Des hommes qui s’engagent, qui prennent à coeur cet engagement, qui s’engagent, pour ainsi dire, corps et âme. Cette voie n’est guère facile. Normalement la nature humaine nous incline plutôt à garder pour nous ce que nous possédons. Si nous donnons quelque chose et nous engageons, nous le faisons volontiers de façon bien réfléchie et avec une certaine retenue.
Grâce au projet « Parole sociale », l’Eglise du Luxembourg se trouve, depuis le mois de septembre dernier, engagée dans un processus de réflexion et d’échange au sujet de la cohésion sociale dans notre société. En tant que chrétiens, nous voulons contribuer, grâce à nos réflexions, au débat public sur un monde plus juste où régnerait la paix. Nous sommes bien conscients de nos devoirs à l’égard de ceux que la vie a défavorisés.
L’invitation à une « Parole sociale » s’inscrit aisément dans le thème de l’eucharistie. En effet, rompre le pain, le faire au sein d’une communauté, signifie d’abord partager. Il s’agit également d’un appel à faire un usage responsable de la terre et de ses ressources limitées. Je vous invite tous à vous informer, à vous engager dans ce processus et surtout à recourir à la prière pour l’accompagner.

Remarques finales

Chers frères et soeurs ! Nous avons dit que l’eucharistie est en même temps un don et une tâche qui nous incombe. En dernière analyse nous sommes chaque jour à nouveau invités à accomplir la tâche résultant du don de l’eucharistie et de rendre apparent l’amour de Dieu pour les hommes grâce à ce que chacun peut faire dans sa famille, dans son milieu, avec les possibilités qui lui ont été données. Dieu n’exige rien d’impossible, mais ce que nous pouvons faire, nous devons le faire.
Dans quelques semaines, nous fêterons les origines du dimanche chrétien : Pâques, la fête de la Résurrection. Pâques est le dimanche originel de notre foi. Peut-être réussirons-nous, au cours des dimanches de Carême et des autres dimanches, à trouver Dieu et de la sorte, nous mêmes. Que nos saints patrons, Marie, consolatrice des affligés, et saint Willibrord nous accompagnent sur notre route et appellent sur nous la force d’en haut.

Luxembourg, en la fête de la Présentation du Seigneur, le 2 février 2007

 
Fernand FRANCK Mgr
Archevêque . Erzbischof
 
 
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