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Lettres pastorales / Hirtenbriefe
Ouvrez toutes grandes les portes de votre coeur à Jésus-Christ !
Dans un de ses récits, l’écrivain juif Elie Wiesel raconte cette histoire : le célèbre Rabbi Baruch avait un petit-fils qui, un jour, surgit dans sa chambre pleurant à chaudes larmes. « Que s’est-il passé ? », demanda Rabbi Baruch. Le petit-fils raconta au grand-père qu’il avait joué à cache-cache avec son meilleur ami. « J’avais trouvé une excellente cachette », dit-il, « mon ami ne m’a pas trouvé. Mais alors il est tout simplement parti. Il a renoncé à me chercher. » Rabbi Baruch caressa la tête de l’enfant alors que des larmes lui montaient aux yeux. « Vois-tu, mon petit, c’est là exactement ce qui arrive à Dieu. Il se cache et nous ne le cherchons pas. » Cette histoire contient une profonde vérité. Ne réagissons-nous pas de même ? Cherchons-nous Dieu et où le cherchons-nous ? I Dieu se révèle en Jésus-Christ N’est-il pas vrai que Dieu nous apparaît caché ? N’est-ce pas ce que nous avons fêté à Noël ? Ce que nous avons fêté ou, mieux, celui que nous avons fêté ne saurait être présenté de façon plus neutre et moins sentimentale que dans le prologue de l’évangile de Saint Jean : « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. » [1] Voilà le message chrétien central concernant les événements de la nuit de Noël. Le regard posé sur l’enfant dans la crèche nous rend à nouveau conscients du fait qu’être chrétien signifie en première et en dernière instance croire que le Fils de Dieu s’est en toute humilité fait homme dans l’étable de Bethléem. Mais l’évangéliste continue : « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu . » [2] Il n’en était pas seulement ainsi jadis, cela reste vrai aujourd’hui. Dieu apparaît caché, mais il est là. Nous devons le chercher. Jésus-Christ fait resplendir l’amour de Dieu pour l’humanité. C’est en Jésus-Christ qu’il nous faut chercher Dieu, parce qu’en lui seul nous pouvons le rencontrer, le trouver. Jésus dit de soi-même : « Je suis le chemin et la vérité et la vie. » [3] Que faut-il faire ? Nous pourrions saisir l’invitation de Benoît XVI, notre pape qui, dans la messe inaugurale de son pontificat a lancé l’exhortation suivante : « Ouvrez tout grand les portes au Christ ! » L’actualité de cet appel m’amène, au début du temps de Carême, à le reprendre sous une autre forme : « Ouvrez toutes grandes les portes de votre coeur à Jésus-Christ ! » Tous les ans, au rendez-vous de la Messe chrismale, nous lisons le même passage de l’évangile de Saint Luc. [4] Jésus se trouve en Galilée et, le jour du sabbat, se rend dans la synagogue de Nazareth, la ville où il avait grandi. Il lit un passage de l’Ecriture sainte et referme le livre pour commenter le texte. Et Luc de décrire l’attitude des présents : « Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. » [5] Ne pourrions-nous pas essayer d’adopter cette attitude-là pendant les quarante jours du temps de Carême, fixer les yeux sur Jésus ? Il s’agit pour nous de percevoir Jésus tel qu’il vient à notre rencontre dans les évangiles, à travers ce qu’il dit et ce qu’il fait. II S’ouvrir à la Parole de Dieu Dans la vie de l’Eglise, un des progrès les plus remarquables de notre temps est la redécouverte de l’Ecriture sainte. Non seulement la théologie a renouvelé ses fondements à partir de la Bible, mais toute la vie de l’Eglise, grâce au retour à l’Ecriture sainte, s’en est trouvée éclairée et vivifiée. Ainsi est apparu un nouveau cheminement de l’Eglise vers le Christ, son vrai centre. Un point culminant de cette redécouverte était sans doute, en octobre 2008, le synode des évêques placé sous le thème : « La Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Eglise ». Le résultat des réflexions des évêques a été publié récemment par le pape sous la forme d’une Exhortation apostolique portant le titre « Verbum Domini ». Par ce texte, le pape veut, ainsi qu’il le déclare dans l’introduction, atteindre le but suivant : « De cette façon je désire indiquer quelques lignes fondamentales pour une redécouverte, dans la vie de l’Eglise, de la Parole divine, source de renouvellement constant, souhaitant en même temps qu’elle devienne toujours plus le coeur de toute activité ecclésiale. » [6] Je voudrais que ce texte, qui est un cadeau de l’Esprit Saint à notre époque tourmentée, devienne comme une carte routière de l’Eglise qui est à Luxembourg. Je ne puis qu’encourager de tout coeur les initiatives allant dans ce sens. Le pape souligne très clairement de quoi il s’agit et de quoi il ne s’agit pas dans ce document. Il s’agit surtout de promouvoir la pastorale biblique comme étant l’âme de toute pastorale. Prenons à coeur les paroles du pape : « Il ne s’agit donc pas d’ajouter quelques rencontres dans la paroisse ou dans le diocèse, mais de s’assurer que, dans les activités habituelles des communautés chrétiennes, dans les paroisses et dans les mouvements, on ait vraiment à coeur la rencontre personnelle avec le Christ qui se communique à nous dans sa Parole. Ainsi si l’ignorance des Ecritures est l’ignorance du Christ, l’animation biblique de toute la pastorale ordinaire et extraordinaire conduira à une plus grande connaissance de la personne du Christ, Révélateur du Père et plénitude de la Révélation divine. » [7] Dans la deuxième partie du document qui s’intitule « La Parole de Dieu et l’Eglise », le pape indique tous les domaines qui devraient subir l’interpellation par la Parole de l’Ecriture. Si tu ignores l’alphabet et quelques règles grammaticales, tu restes, ta vie durant, un analphabète. Tu ne sais pas écrire, en dépit de ton intelligence et de ta bonne volonté. De la même façon nous tous, bien que nous soyons chrétiens, restons des analphabètes de l’Evangile si nous n’accueillons pas, l’une après l’autre, ses paroles. Sans cette alphabétisation nous restons à jamais incapables « d’écrire le Christ » Qui ne connaît pas sa Parole ne connaît pas le Christ. Mais la Parole veut aussi devenir une parole de ma vie et de ta vie. Cela se réalise concrètement si nous choisissons une parole et si nous la vivons, si nos attitudes et nos actions en portent l’empreinte. Des initiatives louables se sont fait jour dans divers mouvements chrétiens comme les Focolarini : chaque mois ils choisissent une parole déterminée de la Bible comme « Parole de Vie ». Dans ce contexte, le pape nous rend attentifs à une méthode qui vient d’être redécouverte, la « Lectio divina ». Elle s’était jadis développée dans la tradition monacale. Il s’agit de lire l’Ecriture sainte en priant. Ce cheminement spirituel qui a fait ses preuves peut être effectué seul ou en groupe. L’homme écoute la parole divine et y répond dans la prière, il laisse la parole agir et y réagit de tout coeur. Mais cette méthode fonctionne seulement grâce à l’entraînement persévérant et l’action de l’Esprit Saint. C’est seulement plongé dans l’eau qu’on apprend à nager. De la même façon, il ne devient possible de vivre de la Parole qu’à condition de s’y plonger. Voici, adressées aux groupes des différentes communautés pastorales, mes recommandations concernant un exercice concret en temps de Carême : aucune réunion ne devrait commencer sans l’écoute préalable de la Parole de Dieu. La lecture et l’écoute méditative d’un texte biblique est une des voies permettant d’ouvrir la porte de votre coeur au Christ. Mettez la Bible en évidence dans le lieu de réunion, donnez-lui la place d’honneur et écoutez ce que l’Esprit vous fera entendre à travers l’Ecriture sainte dans la situation à laquelle vous faites face. III S’ouvrir à autrui Ouvrir la porte de notre coeur au Christ signifie, en parallèle, ouvrir la porte de notre coeur au prochain. C’est la voie directe pour rencontrer Dieu. Jésus dit clairement : « En vérité je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » [8] Je peux seulement répéter ce que j’ai écrit dans la lettre destinée à lancer notre projet pastoral : « L’autre a bien sûr beaucoup de visages : c’est l’autre dans ta propre famille, ton voisin, celui qui est à côté de toi dans la messe et dans la communauté pastorale, celui qui travaille avec toi, c’est l’étranger qui vient de loin et qui a du mal à parler ta langue, celui qui a été malmené par la vie, les victimes des catastrophes naturelles, de la faim, des maladies, de la violence, de l’injustice, des guerres et de tout manque d’égards et d’amour. Les accueillir dans nos coeurs et dans nos communautés chrétiennes, voilà bien le défi auquel nous ne pouvons nous soustraire. Dans chaque communauté pastorale doit exister aussi un groupe de travail ‘diaconie’ en charge de soutenir l’attention à l’autre qui est dans le besoin et qui porte le souci du soutien matériel des pauvres à travers nos œuvres diocésaines, s’engageant pour les plus pauvres dans notre société et de par le monde. » [9] Je voudrais encourager nos communautés à s’ouvrir aux jeunes. Les jeunes représentent l’avenir de la société et l’espoir de l’Eglise. Ouverts à la vie et à ce qu’ils découvrent devant eux, les jeunes construisent leur propre univers marqué par leur pensée et leur expérience propres. Les manifestations en sont d’abord un langage, une mode, des coiffures et des vêtements à part. Les jeunes se demandent quel est le sens de la vie, ils désirent prendre en main leur existence et lui donner une direction. A la recherche d’un projet de vie, ils voudraient vivre pleinement, dans une vraie liberté, une authentique communion. Souvent ils se sentent interpellés par la misère affligeant le monde et révèlent un altruisme et une générosité qui peuvent étonner les adultes. Mais souvent ils font également l’expérience de leurs limites et sont remplis de la peur que leurs attentes ne soient vaines. Je suis heureux que chez nous aussi il y ait des jeunes qui se préparent aux Journées mondiales de la Jeunesse cet été à Madrid. Le pape a donné à ces journées comme thème : « Enracinés et fondés en Christ, affermis dans la foi ». [10] Je ne peux qu’encourager nos communautés pastorales à accorder aux jeunes un espace où il leur est possible de s’exprimer et de s’engager. Ils ne sont pas seulement l’Eglise de demain, mais déjà l’Eglise d’aujourd’hui. Il dépend des chrétiens adultes que les jeunes se sentent à l’aise dans cette Eglise et qu’ils s’y engagent. Je peux seulement vous inviter à ouvrir toutes grandes les portes de votre coeur et de vos communautés au nombre toujours plus grand d’hommes qui nous rejoignent de l’extérieur. Cela est important pour l’Eglise d’un pays où 42 % de la population sont d’origine non-luxembourgeoise. Quelles que soient les raisons pour lesquelles ils sont venus, il faut qu’ils se sentent compris, accueillis, chez soi. C’est justement leur différence qui peut être un enrichissement et une bénédiction pour nous. Chez nous aussi, beaucoup d’hommes sont seuls. « Une des pauvretés les plus profondes que l’homme puisse expérimenter est la solitude », écrit le pape Benoît XVI dans son encyclique « Caritas in Veritate ». [11] N’y a-t-il pas, dans notre voisinage, des personnes seules ? Ne pourraient-ils pas être, sur notre route, la figure de Jésus que nous devons chercher ? Mais il s’agit aussi d’ouvrir les portes de notre coeur aux hommes qui vivent dans des situations matérielles difficiles, qui ont perdu leur travail. Il y en a beaucoup qui, seuls ou en famille, vivent socialement à l’écart. Voilà pour les équipes sociales de nos communautés pastorales un large champ de travail. La lettre sociale de l’Eglise catholique publiée en 2007 reste d’actualité et le travail sur le terrain avance. Mes remerciements et mon respect vont à ceux qui y collaborent et réfléchissent aux solutions à trouver. Les réflexions que je vous ai soumises pourraient s’appliquer à d’autres domaines. Le thème de notre année pastorale « Accueil - pour une Eglise d’accueil et d’écoute » doit être dans ce temps de Carême, la ligne de conduite, le chemin qui nous mène à Pâques. Personne ne peut l’emprunter seul. C’est ensemble, avec le Christ au milieu de nous, que nous pouvons atteindre notre but. Son Esprit doit nous guider, sa parole nous inspirer. Dans ce temps de Carême, à considérer comme une chance qui nous est offerte, nous dirigeons notre regard vers Marie, notre patronne. Déposons nos projets dans ses mains maternelles car elle est, comme l’affirme le titre du chapitre final de l’Exhortation apostolique, « Mater Verbi » [12], la mère de la Parole qui, dans Jésus de Nazareth, est notre compagnon de route et celui de tous les hommes. Luxembourg, Fête de la Présentation du Seigneur, le 2 février 2011 [1] Jean 1,14 [2] Jean 1,11 [3] Jean 14,6 [4] Cf. Luc 4,14-22a [5] Luc 4,20 [6] Exhortation apostolique « Verbum Domini » no 1 [7] Cf. ibid. no 73 [8] Mt 25,40 [9] Lettre pastorale du 8 septembre 2008 [10] Cf. Col 2,7 [11] Encyclique « Caritas in Veritate » no 53 [12] Exhortation apostolique « Verbum Domini » no 124 Fernand FRANCK Mgr
Archevêque . Erzbischof
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