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Lettres pastorales / Hirtenbriefe
Partager l’espérance - Lettre pastorale pour le temps de Carême 2009
Le 29 juin 2008 notre pape Benoît XVI a proclamé, à l’occasion de la fête des saints apôtres Pierre et Paul et rempli de gratitude au souvenir du 2000e anniversaire de St. Paul, une année de commémoration en son honneur. St. Paul n’est pas seulement un des personnages les plus importants et les plus marquants de l’Eglise primitive, mais aujourd’hui encore, il continue à nous interpeller, peut-être justement étant donnée l’actuelle situation de l’Eglise. Voilà pourquoi je vous invite, dans cette lettre de Carême, à suivre les traces de St. Paul et à vous ouvrir à son message de foi. I « Saisi par Jésus-Christ » (Phil 3,12 ) N’y a-t-il pas lieu de s’étonner un peu qu’il n’y ait pas d’auteur des pages du Nouveau Testament dont, pendant les offices religieux, nous entendons plus régulièrement des extraits de lettres ? Et pourtant nous ne savons pas toujours grand’chose au sujet de cet homme. Qui était ce grand apôtre qu’on appelle aussi l’Apôtre des Nations ? Quel est son message ? Dans la vie de chaque homme, on découvre des espérances et des attentes. Certaines s’accomplissent, d’autres n’aboutissent guère. St. Paul aussi était rempli d’espérances et d’attentes. Il était issu d’une famille juive de stricte obédience qui s’était établie à Tarse, ville située dans l’actuelle Turquie. Son nom juif était Saul. A l’intérieur du monde juif, il était proche des Pharisiens c.-à-d. de ceux qui, dans leur vie de foi et leur mission, respectaient strictement la loi divine. Son caractère empêchait St. Paul d’être porté aux compromis. Avec esprit de conséquence et engagement personnel, il persécutait les commencements de la nouvelle foi. Il devait rejeter une croyance au centre de laquelle se trouvait un Messie crucifié et ressuscité. Celui qui évoque St. Paul pense peut-être immédiatement à sa conversion sur le chemin de Damas. Le théologien juif rigoriste, l’homme qui poursuivait de façon quasi fanatique et sanglante ceux qui « empruntaient la voie nouvelle » [1] est devenu le Missionnaire des Nations qui est allé jusqu’aux extrémités du monde alors connu et au bout de ses propres forces [2] pour proclamer et faire connaître le Dieu trinitaire. Sa rencontre avec le Christ sur le chemin de Damas transforme sa vie. Dans sa lettre aux Philippiens, il fait le point : « Je considère que tout est perte en regard de ce bien suprême qu’est la connaissance de Jésus-Christ... je m’élance pour tâcher de le saisir. » (Phil 3,8.12) St. Paul est l’apôtre qui n’était PAS de ceux qui accompagnaient le Christ sur les chemins terrestres. St. Paul était donc un des premiers dont la situation peut se comparer à la nôtre : nous connaissons le Christ selon l’esprit, mais nous n’avons pu faire sa connaissance en personne. Voilà un autre point commun entre nous et St. Paul. II « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. » (Gal 2,20) Le parcours terrestre de St. Paul nous impressionne encore aujourd’hui. L’éclair de la foi sur le chemin de Damas, nous ne sommes guère capables de l’imaginer, ni dans son impact dramatique, ni dans ses dernières conséquences. A partir de ce moment, St. Paul se place consciemment, et en y engageant toute son énergie, du côté du Christ. Il accepte de porter d’inimaginables fardeaux, allant jusqu’au sacrifice de sa vie pour la foi dans le Christ. St. Paul est une personnalité dont l’authenticité nous frappe par la concordance entre le message et la personne, l’expérience personnelle et la proclamation de la foi. Ce que St. Paul a vécu sur le chemin de Damas devient l’élément central de son message : Jésus-Christ, le crucifié, est vivant, il est ressuscité et il nous invite à le suivre. Pour St. Paul il importe avant tout que nous placions le Christ au centre de notre existence : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. » (Gal 2,20). Il faut porter le Christ aux hommes ou plutôt se laisser conduire auprès des hommes mû par la force intérieure émanant de Lui. St. Paul était en plus convaincu que cette bonne nouvelle à caractère universel ne s’adresse pas seulement au peuple juif, mais à tous les hommes. En effet Dieu, qui s’est manifesté dans le Christ, est le Dieu de tous les hommes et de la création toute entière. III « L’amour du Christ nous étreint. » (2 Cor, 5,14) Saisi par Dieu et par la foi dans le Ressuscité, St. Paul se fait missionnaire. On l’appelle encore le Missionnaire des Nations. Trois grands voyages lui permettent de répandre la foi dans le Christ. Une vision l’incite à porter l’évangile d’Asie en Europe [3]. Dans sa ferveur missionnaire il fonde, vers l’an 53 après Jésus-Christ, à Philippes, antique ville-forteresse de Macédoine, la première communauté chrétienne d’Europe. La fondation de communautés chrétiennes dans l’espace méditerranéen n’est guère pensable sans St. Paul. A pied il franchit des milliers de kilomètres. Sa façon de procéder, son style : prendre la route, accompagner d’autres, vivre en leur compagnie, travailler avec eux, prêcher... sur les places publiques, dans les demeures privées. Il n’est pas toujours le bienvenu. Bien qu’il soit un des plus grands penseurs et théologiens de la chrétienté, il se définit d’abord par son travail comme fabricant de tentes, son métier. Il n’était pas un prédicateur professionnel, ce qu’on oublie souvent, lorsqu’on se rend compte du haut niveau théologique de sa prédication. Sa théologie est celle de l’Eglise primitive, une théologie communautaire. Mais St. Paul n’était pas un combattant solitaire. Il pouvait s’appuyer sur des collaborateurs engagés. Environ 40 femmes et hommes sont mentionnés dans les textes bibliques. Ce sont celles et ceux qui l’ont accompagné lors de ses voyages et qui ont joué un rôle dans les premières communautés chrétiennes. Dès le début, des femmes s’engagent dans le mouvement missionnaire de St. Paul.
IV « l’Espérance de l’Evangile que vous avez entendu. » (Col 1,23) Chères soeurs et chers frères, peut-être que dans l’église où vous participez à la liturgie, à côté de vous, plus d’une place reste vide. Peut-être que vous regrettez l’absence de l’un ou de l’autre de ceux qui vous sont chers : partenaire, enfants, amis. Comment intéresser voire enthousiasmer les hommes pour la foi dans le Christ Jésus ? C’est là une question importante et pressante. Comment pouvons-nous transmettre ce que nous célébrons dans la liturgie, le message de l’Evangile, et susciter l’intérêt des autres ? Cette question ne se pose pas seulement de nos jours; elle s’est déjà posée à St. Paul apôtre. L’expérience apprend à St. Paul que l’espérance qui le porte lui ouvre toujours de nouveaux horizons. Et cette espérance, il voudrait la transmettre à autrui. Il ne s’abandonne pas pour autant à un actionnisme aveugle, mais il se laisse conduire par Dieu et reste attentif aux signes émanant de Lui. St. Paul voit que, lorsqu’une porte se ferme, une autre s’ouvre. Devant une porte qui se ferme, trop souvent nous n’avançons plus, résignés, au lieu de chercher les voies nouvelles que Dieu voudrait nous faire découvrir à présent. Ne sommes-nous pas enclins à penser que nous savons exactement comment certaines choses devraient se dérouler et comment les hommes devraient se comporter ? Combien de fois disons-nous ou pensons-nous au moins : « C’est ainsi et non pas autrement que se définit la vie en Eglise, que doit se dérouler la liturgie, que la foi doit être vécue et se structurer. » Réflexion et prudence sont certes de mise, mais ne serait-il pas également fatal d’oublier ou de ne pas voir que Dieu peut toujours nous montrer de nouvelles possibilités et de nouvelles voies que, par nos propres moyens, nous n’aurions pas découvertes et qui, peut-être, semblent même contrecarrer nos plans et nos choix ? Le bienheureux pape Jean XXIII a dit jadis : « Le monde est grand. Il y a d’innombrables manières de servir Dieu. Il y en a une qui te convient. » L’Evangile nous fait espérer que « la porte sombre du temps, l’avenir, s’est ouverte » [4]. Le pape Benoît XVI s’y réfère dans son encyclique sur l’espérance. V « Rien ne pourra nous séparer de l’Amour du Christ. » (cf. Rom 8,31-39) Lorsque St. Paul écrivait ses lettres - que nous lisons toujours dans nos liturgies - il ne pouvait pas deviner qu’elles constitueraient plus tard une partie essentielle du Nouveau Testament. Ses lettres s’adressent à des communautés chrétiennes et à des personnes clairement précisées. Elles interviennent dans une situation déterminée. Grâce à ses lettres, St. Paul veut renforcer encore les liens avec les communautés auxquelles il s’adresse. Ses lettres sont enfin échangées entre les communautés de chrétiens. Une des raisons de l’extension rapide du christianisme était certainement aussi le « nouveau commensalisme » pratiqué dans les jeunes communautés chrétiennes. « Nouveau commensalisme » veut dire que, dans les communautés fondées par St. Paul, on trouve des hommes appartenant à toutes les couches sociales. Citons à ce propos l’épître aux Galates : « Il n’y a pas de Juif ni de Grec, il n’y a pas d’esclave ni d’homme libre, il n’y a pas d’hommes et de femmes, car tous, vous êtes un en Christ Jésus. » [5] Et des hommes appartenant à toutes les couches sociales font le partage de ce qu’ils possèdent : « Il n’y avait aucun indigent parmi eux » [6], disent les Actes des Apôtres. Mieux que personne, St. Paul savait introduire l’Evangile de l’Amour de Dieu dans les espaces vitaux les plus divers. En effet, il parle la langue de ses auditeurs : aux Juifs, il parle en Juif, aux Grecs comme un Grec, aux faibles comme un des leurs. [7] En faisant participer les hommes à la parole divine et à sa propre vie, il était près de l’humanité. Ainsi il reste exemplaire pour l’Eglise toute entière et pour chacun de nous. Mot de Conclusion Chères soeurs et chers frères, je suis convaincu que St. Paul, qui avait été si profondément saisi par le Christ [8], reste capable de nous saisir aujourd’hui, dans toutes nos quêtes et toutes nos questions, personnellement, au sein de l’Eglise, de la société, du monde. Nous devons rendre grâces à notre pape Benoît XVI d’avoir demandé qu’il soit notre compagnon de route au cours de cette année particulière. Je voudrais terminer en citant les paroles par lesquelles s’achevaient volontiers les lettres de St. Paul : « La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous ! » (2 Co 13,13) - Amen. Luxembourg, le 2 février 2009, fête de la Présentation du Seigneur [1] Cf. Ac 9,1s. [2] Cf. 2 Co 1,8. [3] Cf. Ac 16,9ss. [4] Spe salvi 2. [5] Gal 3,28. [6] Ac 4,32. [7] Cf. 1 Co 9,20s. [8] Cf. Phil 3,12. Fernand FRANCK Mgr
Archevêque . Erzbischof
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