Partager la foi. La catéchèse, un défi pour l’Église
« Mon engagement en préparant des enfants à leur première communion m’a apporté beaucoup et a conforté ma foi. - Je fais partie d’un groupe biblique et me pose des questions sur ma foi, ce que je n’ai plus fait depuis le temps où j’allais à l’école. - Dans un groupe qui s’occupe de jeunes drogués, j’apprends que notre travail a affaire avec notre foi. »
Ces expériences diverses et remplies d’espérance sont faites par des hommes et des femmes de notre temps. Il en découle pour beaucoup le courage de parler de la foi et de la partager avec autrui.
Partager la foi avec d’autres, grandir ensemble dans la foi et l’approfondir : voilà ce qui dans l’Eglise s’appelle, depuis les premiers siècles, la catéchèse. Dans cette lettre pastorale, c’est sur la catéchèse que je veux réfléchir avec vous.
I.
Le mot « catéchèse » était utilisé, dès les premiers siècles chrétiens, pour désigner l’introduction à la foi et à ses contenus. Il fallait introduire au « Notre Père » et au « Credo » qui, pour ainsi dire, résument toute la foi. L’initiation à la foi était toujours combinée avec une introduction à la vie de l’Eglise et spécialement aux sacrements.
Depuis le XVIe siècle, le catéchisme est devenu le livre dans lequel le savoir concernant la foi était présenté sous la forme d’un jeu de questions et de réponses. La plupart du temps, le catéchisme était également utilisé pour instruire les enfants à l’école. C’est ainsi qu’une façon de voir trop étroite s’est fait jour : la catéchèse se réduisait aux enfants et aux jeunes et était pratiquement identique à l’instruction religieuse scolaire.
Dans la catéchèse, il ne s’agit pas uniquement de communiquer un savoir, mais d’introduire à toutes les dimensions de la vie chrétienne. Selon sa dynamique interne, la foi veut être apprise, célébrée, vécue et traduite en prière. La catéchèse ne s’adresse pas seulement aux enfants et aux jeunes et n’est pas achevée à un moment donné, mais la catéchèse concerne tous les âges et est une démarche permanente. « Appartient à la catéchèse tout ce qui, au cours d’une vie chrétienne, est nécessaire pour promouvoir une conscience réfléchie de la foi et pour favoriser sa traduction dans l’organisation de la vie », déclare le Synode Commun des Diocèses Allemands.
« L’Eglise existe pour évangéliser », affirme de façon lapidaire le pape Paul VI. Dans le cadre de l’évangélisation, la catéchèse est un moment important et décisif; elle donne à la foi, qui a pris racine dans le coeur de l’homme, forme et contenu. La grâce d’une première rencontre avec Jésus-Christ est explicitée et approfondie; celui qui croit est introduit dans la communauté de l’Eglise. Le but visé par la catéchèse est « de mettre quelqu’un non seulement en contact, mais en communion, en intimité avec Jésus-Christ ». Dans la catéchèse, l’homme apprend à connaître Jésus et sa Bonne Nouvelle, il a la chance de “rencontrer toutes les facettes de la vie chrétienne : croire, célébrer, apprendre à prier, donner et s’engager, faire communauté, être témoin”.
II.
À l’époque actuelle, nous sommes face à de grandes questions et de grands défis : Quel est l’avenir de la foi ? Comment les jeunes générations peuvent-elles acquérir la foi et la vivre ? Qu’en est-il de notre foi ? Comment devons-nous vivre notre foi si nous voulons que les hommes d’aujourd’hui et de demain puissent connaître le Christ et croire en lui ?
Ces questions nous mènent droit au centre de notre foi; les évêques français disent : « aller au coeur de la foi ». Il faut que notre foi se renouvelle, s’enflamme à nouveau : en Jésus-Christ, l’amour de Dieu pour les hommes est devenu visible pour notre salut. Jour après jour, nous pouvons poursuivre notre lecture du livre de la vie et transposer ce que nous y lisons dans notre vie, notre travail, notre témoignage, notre façon de célébrer et d’être là pour autrui. Le premier pas de la catéchèse nous conduit ainsi dans nos communautés : un grand effort de prise de conscience doit se faire en nous tous. Je fais appel à toutes les communautés de notre Eglise, communautés pastorales, ordres religieux et congrégations, associations catholiques, organismes et groupes divers pour que soient prises des initiatives dans ce sens. Il faut que nous disions notre foi, que nous devenions des communautés narratrices, qui lisent et méditent l’Ecriture Sainte, qui l’étudient et la prient, des communautés dont la vie quotidienne est marquée par l’Evangile, des communautés dans lesquelles chacun étaye et accompagne la foi de l’autre.
La mission que Jésus nous confie est et reste : « Allez chez toutes les nations ! » , partagez avec d’autres ce qui vous fait vivre et espérer ! Notre façon de vivre, nos actes, nos paroles sont ou bien une invitation à croire, ou bien un repoussoir, un contre-témoignage. Réponds à celui qui te demande ce que tu crois - mais vis en sorte qu’on te pose cette question !
Nous portons tous l’empreinte de ce qu’on appelle la société postmoderne. Pluralisme et globalisation, multitude de projets de vie, de systèmes de valeurs et de voies à suivre : voilà quelques mots-clés évoquant notre environnement social. L’homme est chez lui dans le monde entier, du moins par l’intermédiaire des médias et de l’internet; il travaille et vit en de multiples lieux et doit continuellement choisir entre telle voie ou telle autre. Souvent il manque de points fixes lui servant d’orientation, souvent malgré tout, il se sent seul et réduit à ses propres moyens. Un nombre grandissant de personnes doivent, également chez nous, affronter la pauvreté matérielle et la solitude psychique et physique.
Le regard que nous portons sur le monde ne doit pas être différent du regard de Dieu, un regard plein d’amour posé sur les hommes, leurs soucis et leurs peurs, leurs espoirs et leurs joies. Nous vivons avec eux en ce temps riche en beautés aussi bien qu’en incertitudes. C’est avec ces hommes-là que nous voulons partager la foi en Dieu « qui, non content de créer le monde et l’homme, s’est mis à la hauteur de sa créature ». La foi ne saurait être apportée de l’extérieur. Les hommes auprès desquels nous sommes envoyés peuvent seulement être compris de l’intérieur et aimés avec leur culture, leurs idées et leurs expériences, leur sens des responsabilités, leurs blessures et leurs espoirs.
III.
Le but de toute catéchèse est de faire connaître la foi, de l’approfondir, de la célébrer et de la vivre. Telle est et reste la tâche permanente de la communauté qu’est l’Eglise, mais aussi l’obligation permanente de chaque chrétien : personne n’atteint jamais le bout du chemin qui mène au coeur de la foi.
Chez nous au Luxembourg, nous rencontrons en règle générale des personnes qui ont été baptisées et qui, dans leur enfance, ont été initiées à la foi. Des parents viennent demander pour leurs enfants l’administration d’un sacrement, mais leur foi n’est guère plus avancée que celle de leurs enfants. C’est là que surgit l’occasion d’avancer avec eux sur le chemin d’introduction à la foi, de commencer un chemin d’initiation.
C’est la qualité de notre accueil qui importe : si des hommes et des femmes s’apprêtent à s’engager avec nous sur le chemin de la foi, c’est en fonction de notre écoute de leur questionnement. Au moment où ils demandent pour eux-mêmes le sacrement du mariage ou, pour leurs enfants, le baptême, la première communion ou la confirmation, ils sont prêts à entreprendre une démarche. Il est de première importance que notre communauté chrétienne accueille avec sympathie leur demande et crée l’espace où leurs incertitudes et leurs questions pourront s’articuler. Il ne faut pas que nous nous attardions à certains éléments extérieurs et à certaines conditions, nous devons au contraire prononcer clairement l’invitation de l’évangile et proposer la foi.
Notre société parle volontiers du « lifelong learning », la formation continue et permanente. Les hommes se trouvent engagés dans un processus d’apprentissage qui durera toute leur vie. Apprendre signifie davantage qu’acquérir un savoir déterminé; apprendre signifie avant tout « apprendre à apprendre », c’est-à-dire apprendre à devenir capable d’affronter soi-même la nouveauté et la faire sienne.
Ces réflexions restent valables dans le domaine de la catéchèse pour adultes, qui devra se faire sous la forme d’un dialogue entre ces personnes, leurs possibilités, leurs questions et l’évangile. Le dialogue établit entre les hommes des relations et des échanges - et chacun est à la fois celui qui donne et celui qui reçoit. Cette voie du dialogue doit souvent encore être cherchée et découverte, mais elle est sans doute la seule qui est susceptible de mener des adultes à une foi approfondie.
Même si, dans les familles, il n’y a souvent plus la transmission de la religion et de la foi comme jadis, je veux cependant souligner tout particulièrement l’importance de la contribution des familles dans ce domaine. Tout ce que les enfants découvrent dans leur famille, la protection, l’amour, les valeurs fondamentales que sont la sincérité, la vérité, le respect des autres et de la création... sont les précieux fondements d’une éducation religieuse, les fondations sur lesquelles la catéchèse peut se construire. J’encourage donc les parents et de même les grands-parents à faire de leur mieux, selon leurs moyens, et de profiter de l’occasion pour approfondir leur propre foi.
IV.
Bien des femmes et des hommes sont plus particulièrement au service de l’éducation religieuse des enfants et des jeunes, il s’agit de celles et de ceux qui enseignent la religion dans les écoles primaires et les lycées. C’est à ces enseignantes et enseignants que je voudrais adresser quelques paroles de reconnaissance, un merci tout particulier : ces personnes rendent des services irremplaçables et fondamentaux en introduisant les enfants et les adolescents à la foi.
Grâce à leur engagement et à leur témoignage, beaucoup d’enfants et de jeunes établissent pour la première fois un contact avec Jésus et sa Bonne Nouvelle. Comme dans l’enseignement religieux on commence souvent littéralement chez Adam et Eve, la catéchèse doit être poursuivie et complétée en d’autres lieux et milieux. La communauté pastorale doit continuer ce que l’école a commencé. La catéchèse communautaire, les groupes d’enfants, l’introduction à la vie sacramentale et aux célébrations religieuses, la messe et les actions où s’exprime l’amour du prochain sont d’importantes et nécessaires pierres de construction.
En de nombreux endroits des offres de la pastorale des jeunes permettent à la foi de s’exercer concrètement, la foi y est célébrée et s’exprime en des actions. La préparation au sacrement de la confirmation est toujours pour les jeunes une occasion exceptionnelle de mieux connaître et de mieux vivre la foi. Les organisations de jeunesse offrent en plus la possibilité de pratiquer la foi chrétienne concrètement, au sein d’une communauté, dans l’engagement pour autrui. Un grand merci, dans ce contexte, aux guides et aux scouts, à la jeunesse rurale catholique et aux servants de messe.
L’enseignement religieux dans les écoles poursuit de nombreux buts qu’il s’efforce d’atteindre en se servant de méthodes pédagogiques adaptées.
La culture religieuse fait partie de la culture générale transmise à l’école : l’histoire et la culture européennes ne peuvent être comprises et approfondies que si l’apport judéo-chrétien est vu et reconnu. L’enseignement religieux introduit les enfants et les jeunes dans la grande histoire de la foi, qui a commencé avec Abraham et qui, avec Jésus, établit les hommes dans une relation nouvelle et unique avec Dieu.
L’enseignement religieux aide les enfants et les jeunes dans le développement et la découverte de leur identité propre : il les aide à poser les questions relatives à la vie, au sens de la vie et propose des réponses dont l’ultime fondement se découvre en Dieu et son amour des hommes.
La formation religieuse apporte une contribution à une façon d’agir et de vivre dont le jeune et plus tard l’adulte peuvent fièrement répondre. Elle est au service d’une formation de la conscience fermement enracinée dans la foi et la tradition chrétiennes.
Finalement l’enseignement religieux prépare les enfants et les adolescents à la vie chrétienne : il leur révèle la vie d’une communauté chrétienne confessant sa foi, la célébrant et la pratiquant dans l’engagement pour autrui.
L’école est, pour les enfants, un cadre de vie important, mais pas le seul : c’est la raison pourquoi l’introduction à la foi et la catéchèse ne peuvent pas se limiter à l’instruction scolaire. La communauté des croyants complétera et achèvera ce qui a débuté à l’école : c’est en communauté qu’est célébrée la foi et qu’elle est traduite en prières, c’est là qu’elle est pratiquée face aux défis toujours renouvelés de la vie.
Je remercie toutes les personnes qui s’engagent dans les paroisses et les communautés pastorales dans la préparation des enfants à la première communion : leur engagement constitue un fondement important pour une catéchèse communautaire qui peut et doit être développée.
Je rends hommage aux communautés linguistiques qui font d’importants efforts dans la catéchèse communautaire : je remercie les femmes, les hommes et les jeunes qui s’engagent régulièrement pour accompagner des enfants et des jeunes sur les chemins de la foi vécue au quotidien.
V.
La catéchèse n’est jamais seulement une voie à sens unique : celui qui prend des initiatives et accompagne autrui dans la découverte de la foi constate toujours, dans le processus qu’est la catéchèse, que sa propre foi s’élargit et s’approfondit. Il s’agit bien d’un dialogue dans lequel chacun reçoit et donne à son tour. Cela signifie que nous cheminons ensemble, dans une communauté où chacun a besoin d’autrui.
La catéchèse appartient à la communauté, elle y a sa place et la communauté en est responsable. Chaque communauté chrétienne est appelée à développer un projet de catéchèse pour ses membres qui devraient encore faire des pas essentiels sur le chemin de la foi, mais aussi pour ceux qui, de façon permanente, cherchent à approfondir la foi.
Avec le projet « Eglise 2005 », avec le « remodelage pastoral », nous avons choisi la voie du renouvellement qui a comme but la mise en lumière d’une Eglise qui, dans un renouvellement permanent, est en quête de la foi, qui la partage et la propose.
Je prie notre patronne, « Etoile de l’évangélisation » , de protéger notre démarche et je la confie à l’intercession de saint Willibrord.
Luxembourg, le 2 février 2004, fête de la Présentation du Seigneur.
+ Fernand Franck
Archevêque de Luxembourg