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Lettres pastorales / Hirtenbriefe
Reste avec nous, Seigneur !
Lettre pastorale sur l’Eucharistie, pour le temps de Carême 2005*

Le Pape Jean-Paul II a proclamé l’année allant d’octobre 2004 à octobre 2005 « Année de l’Eucharistie ». Dans une lettre apostolique intitulée « Mane nobiscum Domine - Reste avec nous, Seigneur », il exhorte l’Eglise entière à se remémorer, au cours de cette année, ce grand mystère de notre foi et de s’en laisser à nouveau pénétrer.

Pourquoi une Année de l’Eucharistie ? Le Pape lui-même répond à cette question : « La fraction du pain, comme était appelée l’Eucharistie aux origines, est depuis toujours au centre de la vie de l’Eglise. Par elle, le Christ nous rend présent, au long du temps, le mystère de sa mort et de sa résurrection. En elle il est reçu en personne comme ‘pain vivant descendu du ciel’ (Jean, 6,51) et, avec Lui, nous est donné le gage de la vie éternelle, grâce auquel on goûte par avance au banquet éternel. » [1]

I.
La célébration eucharistique au sein de la communauté pastorale

Dans la célébration de l’Eucharistie, l’Eglise se réalise mieux que partout ailleurs, voilà pourquoi le dernier concile déclare que l’Eucharistie est le point culminant de la vie ecclésiale, que tout ce qui est bon et beau en surgit et y retourne. [2]

La célébration eucharistique est vitale pour l’Eglise, vitale pour ceux qui constituent l’Eglise, donc pour nous. Réfléchissons : la messe, à chaque fois, exprime que le Christ a donné sa vie. Il paraît alors évident que nous devrions y consacrer au moins une bonne demi-heure ou une heure par semaine, nous déplacer, le cas échéant, dans le village voisin, la paroisse voisine, si chez nous-mêmes il ne peut y avoir de célébration liturgique. Devant cet arrière-fond, se rendre à la messe seulement s’il y a une célébration dans notre localité, paraît insuffisant.

En ce moment où se poursuit le renouvellement au sein de notre Eglise grâce à la concrétisation du remodelage paroissial, il est important que nous nous concentrions sur l’essentiel, sur ce qui nous transforme en Eglise vivante : la célébration de l’Eucharistie. La célébration eucharistique dominicale est au coeur de la communauté pastorale. Pour cette raison, la communauté pastorale dans sa totalité devrait se charger de l’organiser. Une importance particulière incombe à l’Eucharistie qui, le dimanche, est célébrée en un lieu situé au centre de cette communauté. Au cas où la restructuration des paroisses comporte plus d’un centre, l’Eucharistie peut être plus particulièrement mise en évidence dans deux localités.

II.
L’équipe liturgique

Dans sa lettre apostolique, le Pape insiste : « L’Eucharistie, un grand mystère ! Mystère qui doit avant tout être bien célébré. Il faut que la Messe soit placée au centre de la vie chrétienne et que, dans chaque communauté, on fasse tout son possible pour qu’elle soit célébrée de manière digne, dans le respect des normes établies, avec la participation du peuple, y associant les divers ministres dans l’exercice des tâches qui leur incombent. » [3]

Dans la préparation et la célébration de cette Eucharistie, des membres de toutes les communautés ou groupes constitutifs devraient intervenir. Voilà pourquoi il est indispensable que, dans chaque communauté pastorale, il existe une équipe liturgique. Là où elle n’existe pas encore, il faut qu’elle soit fondée avant Pâques. Sa première tâche pourrait alors être la préparation de la Semaine Sainte. Cette équipe liturgique, sous la conduite du curé en charge, est responsable de la planification et de la réalisation des célébrations liturgiques au sein de la communauté pastorale. Dans le cadre de la création et du fonctionnement de ces équipes liturgiques, une aide précieuse est fournie par un texte de base édité par la Commission diocésaine de liturgie. [4] Il est à la disposition de tous. Je répète avec insistance mon invitation à tous ceux et à toutes celles qui sont remplis de bonne volonté et intéressés par la liturgie afin qu’ils se mettent à la disposition de cette équipe. Ce dont il s’agit est précisé dans le dépliant publié par la Commission de liturgie.
La messe nous met en contact avec la parole de Dieu. Il ne suffit pas d’écouter cette parole avec plus ou moins d’attention. Uniquement si nous l’accueillons au plus profond de nous-mêmes, elle peut provoquer en nous un changement, nous évangéliser. Pendant la messe, nous entrons en communion avec Jésus-Christ, il nous fait don de son corps eucharistique sous la forme du pain pour vivre en nous, pour pénétrer le monde grâce à nous et agir à travers nous. Il est regrettable qu’on communie parfois sans bien prendre conscience de la signification de cet acte. Avant de nous rendre à la Sainte Table, nous devrions nous rappeler la parole de Saint Paul : « Que chacun s’éprouve soi-même et qu’il mange alors de ce pain et boive de cette coupe. » [5] Tel est le défi lancé à nous tous, et cette voie est la seule susceptible de nous conduire au-delà de la banalisation de la sainte communion où nous venons d’aboutir.

III
« Venons adorer ! »

La communion pendant la célébration eucharistique est un lien profond, oui, très profond, avec la Christ. Mais par ce fait même, elle est inévitablement communion avec les autres hommes, en premier lieu avec ceux qui célèbrent avec nous la messe. Alors seulement se réalise ce pourquoi Jésus-Christ a prié avant de nous offrir l’Eucharistie, l’union. Et c’est grâce à l’union des fidèles seulement que le monde trouvera la foi. Cela devrait se concrétiser entre autres par la création de commissions de diaconie au sein des conseils des communautés pastorales. Dans ces commissions, la priorité devrait être accordée aux hommes mal à l’aise dans notre société, les sans-travail, ceux qui ne parlent pas notre langue, ceux qui n’ont personne à qui s’adresser dans leur peine.

Après la messe, le tabernacle recueille la Sainte Réserve, présence sacramentelle permanente de Jésus-Christ dans nos paroisses. Une des raisons en est certainement qu’elle rend possible d’apporter à tout moment la Sainte Communion aux malades. Mais elle est également une invitation à l’adoration individuelle ou communautaire. J’adresse à vous tous l’appel de répondre de nouveau plus souvent à cette invitation pendant l’Année de l’Eucharistie. Je vous recommande plus particulièrement la vieille tradition de l’adoration du jeudi précédant le premier vendredi du mois. Réfléchissez à la manière d’insuffler une nouvelle vie à la Fête-Dieu ! Vos préoccupations personnelles, mais aussi celles de l’Eglise, comme les vocations au sacerdoce et aux autres ministères ecclésiaux, la famille, la paix dans le monde, le bon et fructueux déroulement des JMJ, apportez-les devant le Christ présent dans le Saint Sacrement, et plus particulièrement au cours des semaines à venir.

Si l’Eucharistie est proposée à l’adoration dans le tabernacle, cette présence eucharistique dans nos églises n’a de sens que si les églises sont accessibles le jour. Considérer l’intérieur de l’église avec le Saint Sacrement comme espace sacré et y adapter notre comportement, également avant et après l’office, fait partie d’une culture eucharistique. Faisons preuve du respect qui est de mise : nous nous agenouillons devant le tabernacle, nous gardons le silence dans l’église, nous évitons de bavarder. Il importe aussi d’apprendre ces gestes et attitudes à nos enfants. De cette manière, nous honorons le Christ dans sa présence rédemptrice et nous créons dans nos églises un climat de méditation et de prière propice à la rencontre avec Lui. Dans quelques paroisses, la récitation du rosaire avant la messe communautaire favorise cette attitude de respect.

Pendant l’Année de l’Eucharistie, nous n’allons inventer rien de nouveau, mais il s’agit de revitaliser ce qui existe déjà. Puissent nos communautés pastorales et nos communautés religieuses développer une grande imagination à cet égard !

IV.
« Nous sommes venus L’adorer »

Dans les « Journées Mondiales de la Jeunesse », les JMJ se déroulant en août à Cologne, le Pape voit une chance pour l’Année de l’Eucharistie. Il écrit à ce propos : « L’Eucharistie est le centre vital autour duquel je désire que les jeunes se rassemblent pour nourrir leur foi et leur enthousiasme. » [6]

Voilà pourquoi les JMJ ont comme thème « Nous sommes venus L’adorer ». Des centaines de milliers de jeunes, suivant l’exemple des trois mages, quitteront leur pays pour adorer ainsi le Christ, centre de l’Eucharistie. Ce grand et joyeux événement où se réunissent les jeunes, concerne doublement l’Eglise luxembourgeoise. Il s’agit d’abord d’offrir, du 10 au 15 août, à 700 jeunes étrangers l’hospitalité de nos familles. Nous ne voulons pas seulement faire mieux connaître à nos hôtes notre pays et sa population, mais aussi amorcer avec eux un échange sur notre foi commune. Organisons avec eux des célébrations vivantes afin de rendre perceptible la joie d’être chrétiens aujourd’hui.

En deuxième lieu, nous devrions tous avoir à coeur de prendre contact avec un grand nombre de jeunes de notre pays et de les sensibiliser aux JMJ afin qu’ils y participent. Les JMJ, qui se déroulent pour ainsi dire aux portes du Luxembourg, sont, pour notre jeunesse, une chance unique de faire, au niveau de l’Eglise mondiale, l’expérience profonde et joyeuse de son appartenance chrétienne. Dès à présent je tiens à exprimer mes chaleureux remerciements aux familles qui se sont déclarées prêtes à accueillir des jeunes. J’encourage nos communautés pastorales à enthousiasmer des jeunes pour les JMJ et à soutenir les efforts des équipes de préparation. Il est cependant aussi important que dans nos prières individuelles et communautaires, nous portions cette préoccupation commune devant le Seigneur. Comme le temps de Carême ne nous laisse pas inchangés si nous sommes prêts à nous investir, les JMJ transformeront de façon positive ceux qui, dans notre pays ou à Cologne, y participeront de tout coeur.

Que Marie, qui est allée à la rencontre d’Elisabeth, protège les jeunes sur leur route et, comme elle a présenté Jésus qu’elle portait sous son coeur à sa cousine, qu’elle nous le présente également toujours et partout, au moment de l’Eucharistie ou pendant d’autres rencontres à Cologne, à Luxembourg ou en d’autres lieux.

Luxembourg, Fête de l’Epiphanie, le 2 janvier 2005

* Cette lettre pastorale sera lue dans toutes les églises, à savoir l’introduction et les parties I et II le dimanche, 30 janvier, les parties III et IV le dimanche, 6 février 2005.

[1] Lettre apostolique « Mane nobiscum Domine » du 7 octobre 2004, no 3.

[2] Constitution conciliaire « Sacrosanctum Concilium » no 10.

[3] Mane nobiscum Domine, no 17.

[4] Commission diocésaine de liturgie, Célébrer et mettre en œuvre le mystère de la foi. Texte de base pour la création d’équipes liturgiques dans le cadre des communautés pastorales. Cf. Kirchlicher Anzeiger 134 (2004) 85svv., no. 42.

[5] 1 Co 11,28.

[6] Mane nobiscum Domine, no 4.

 
Fernand FRANCK Mgr
Archevêque . Erzbischof
 
 
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