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CREDO - Priedegten / Sermons
Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle

S’il est une réalité qui nous heurte profondément et qui peut nous paraître difficile à supporter, c’est bien celle de la mort. Les progrès de la médecine ainsi qu’une bonne hygiène contribuent certes à prolonger notre vie, mais ne peuvent empêcher notre fin que nous savons inéluctable. Il reste que l’aspiration à la vie, à une vie plénière et définitive est inscrite au plus profond de notre être : nous aspirons à vivre, à vivre pour toujours. Par ailleurs, nous portons en nous un désir profond de justice : notre existence a besoin d’être « sanctionnée » de quelque façon. Le « criminel » et le « saint » peuvent-ils simplement être égaux devant la mort sans que justice soit rendue à ce qui a fait leur vie ?

« Je crois à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. »
Cet article central de la foi chrétienne, dans sa simplicité, reste l’un des plus difficiles à cerner et à expliciter sur le plan théologique. Sachant qu’il s’agit d’une vaste question, nous partirons de la révélation biblique pour y puiser quelques éléments afin d’éclairer cet article de foi et d’en expliciter la signification.

La plupart des auteurs modernes admettent qu’une claire doctrine d’une vie après la mort ne s’est développée que tardivement dans l’Ancien Israël, à partir du deuxième siècle avant Jésus-Christ. Suivant la conception juive traditionnelle, les morts mènent une existence végétative au séjour des morts (Sheol). S’il y a une survie possible, elle se fera par la descendance, d’où l’importance de mettre au monde des enfants et tout particulièrement d’avoir un héritier mâle par lequel se perpétuera le nom. Mourir sans enfants est considéré comme un désastre.

La croyance en la résurrection des morts apparaît au temps des Maccabées, au moment d’une violente persécution dont les croyants juifs furent les victimes. Cette croyance s’ inspire non de considérations d’ordre philosophique, mais de la foi ainsi exprimée : « Le Créateur du monde qui a formé l’homme à sa naissance et qui est à l’origine de toute chose, vous rendra dans sa miséricorde et l’esprit et la vie, parce que vous vous sacrifiez maintenant vous-mêmes pour l’amour de ses lois. » (2 M 7, 23) Dieu pourrait-il abandonner à la mort éternelle les justes qui sont allés jusqu’à sacrifier leur vie par amour pour lui ? La réponse clairement exprimée était : non.

La foi en la vie éternelle dont témoignent ces textes de l’Ancien Testament s’appuie donc sur la fidélité de Dieu et sur sa puissance de Créateur. La foi des chrétiens en la vie éternelle et en la résurrection de la chair se place dans ce sillage. Pour ses funérailles, le P. François-Xavier DURRWELL, éminent théologien de la résurrection avait préparé cette profession de foi : « C’est par Dieu que je suis créé, créé mortel. Or, il est mon Père. Un Père n’engendre pas son enfant pour le tuer. Si par création, il me destine à mourir, c’est afin de me faire naître. »

Dieu aime l’homme. Il ne l’a pas créé pour la mort, mais pour la vie. Cette foi des chrétiens s’appuie en premier lieu sur l’enseignement et l’agir de Jésus. Jésus a manifesté sa foi en la résurrection à maintes reprises. « Père, en tes mains je remets mon esprit.  » Ce verset du psaume 31 prononcé par lui sur la croix marque un sommet de sa confiance et de son espérance. (Lc 23,43) Jésus se sait dans la main de Dieu jusque dans la mort. Il vit sa mort comme sa pâque, comme son passage vers le Père. Il la vit dans la foi et l’espérance.

La foi des chrétiens en la vie éternelle et en la résurrection de la chair reçoit ensuite une base nouvelle avec résurrection de Jésus. C’est par la puissance de l’Esprit de Dieu que Jésus ressuscite d’entre les morts. Il devient lui-même puissance de vie et de résurrection. Cette puissance de vie est présente et agissante dans notre monde. Pour les apôtres, témoins de la résurrection de Jésus, ce qui devait arriver à la « fin du monde » a fait irruption dans la vie présente : Jésus est re-né de la mort. Nous croyons que la vie éternelle a commencé à notre baptême. Incorporés au Christ, nous sommes passés avec Jésus de la mort à la vie. Jésus est source de cette vie.

Comment les morts ressuscitent-ils ? Nous avons été habitués à séparer corps et âme, selon la distinction qui remonte à Platon. Suivant la conception grecque, à la mort, l’âme se libère du corps pour rejoindre le monde spirituel. Cette vision apparaît clairement dans l’invitation à respecter les morts d’un auteur grec de l’époque. Voici le motif qu’il indique à ses contemporains : « … bientôt, nous l’espérons, de la terre sortis, viendront à la lumière les restes des disparus; ensuite, ils seront dieux; car les âmes demeurent incorruptibles chez les défunts; car le souffle est un prêt de Dieu aux mortels, et son image; car notre corps, nous le tirons de la terre, puis à la terre retournés, nous devenons poussière; mais l’air a repris notre souffle ( Pseudo-Phocylide)

La vision juive de l’être humain ne connaît pas ce dualisme. Pour elle, l’homme est un. Pour elle, c’est l’homme lui-même qui aime, croit, parle, communique. La mort interrompt cette communication. Mais Dieu veut la vie. Il va faire revivre les morts, leur donnant un « corps spirituel » nous dit saint Paul. (Ph 3, 20-21)

Précisons encore. Le Credo ne dit pas : je crois en l’immortalité de l’âme, mais : je crois à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. La chair, c’est la personne humaine. Le corps pour nous est physique. Mais le corps pour le croyant est un tissu de relations, une personnalité, un « moi » profond donc de connaissance et de liberté. Croire en la résurrection de la chair, c’est croire au réveil, après la mort, de la personnalité de chaque individu. Tout ce qui a fait mon être vivra : mon histoire, mes relations, ce que j’ai vécu. Ceci dit, il nous faut admettre que nous ne pouvons pas nous faire une idée claire de ce qui nous attend !

A cette présentation bien incomplète, il convient d’ajouter un mot au sujet du jugement final, ultime facette de la miséricorde-justice de Dieu … Pour nous, l’éternité est un monde sans repères, mais nous croyons que ce monde est orienté vers la réussite finale du projet de Dieu. Nous croyons que Dieu aime ce monde. « Au-delà de la destinée individuelle de l’homme, la révélation ouvre devant nos yeux les perspectives d’un accomplissement dernier de toute l’humanité dans un jugement général, universel, lié à la résurrection des corps, et qui exprime la dimension collective du salut : on n’est pas sauvé tout seul … » (Catéchisme pour adultes des évêques de France, n° 669)

Pour nous qui sommes encore chemin et pour nos défunts, la résurrection est en cours. Nous sommes invités à nous y préparer, non par une attente passive, mais en créant ici-bas des relations de justice et d’amour.

Le socle de notre foi et notre espérance est bien ce Dieu qui nous aime et qui nous a donné son Fils, vainqueur du mal et de la mort. Benoît Rall

 
Benoît RALL
 
 
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