Annoncer l’Évangile à la multitude, sans se décourager
Commentaire de l'évangile du 15e dimanche du temps ordinaire, année A - Isabelle Scart (12.07.2026)
Ce dimanche, l’Église nous propose d’entendre la parabole du semeur. Un semeur généreux et plein d’espoir, qui sème partout, au bord du chemin, sur le sol pierreux, dans les ronces ou dans la bonne terre. Certains de ses grains sont mangés par les oiseaux, brûlés par le soleil, étouffés par les ronces ou au contraire donnent du fruit. Cette parabole a tellement marqué son auditoire qu’elle est rapportée par trois évangélistes : Matthieu, dont nous lisons le texte cette année, Marc et Luc. Et en effet, ils étaient nombreux le jour de cet enseignement. Le début du texte indique que, Jésus étant assis au bord de la mer, « auprès de Lui se rassemblèrent des foules si grandes qu’Il monta dans une barque où Il s’assit. » C’est l’intention expresse du Seigneur de s’adresser à cette multitude, de l’avoir tout entière devant les yeux, sans laisser personne de côté.
La lecture brève s’arrête à la fin de la parabole, mais la suite de l’évangile donne des détails touchants. D’abord les disciples, remarquant que la foule a besoin d’explication, s’approchent du Christ et lui demandent pourquoi Il parle en paraboles. Malgré le désir qu’ils ont de s’instruire, ils attendent le bon moment pour interroger, ils ne le font pas publiquement. Matthieu indique qu’ils s’approchent, et Marc qu’ils attendent que le Christ soit seul. Et quel souci des âmes les disciples expriment déjà ! Ils ne disent pas : « Pourquoi nous parles-tu en paraboles » mais : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » À partir de cette question viennent les explications de Jésus.
Les Apôtres voient et entendent la présence du Christ, ses miracles, sa voix, sa doctrine. Le peuple a eu la même possibilité, il a été témoin de l’expulsion des démons, mais a refusé de croire. « Si je leur parle en paraboles, dit le Sauveur à ses disciples, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre. » Puis Jésus explique à ses disciples que le grain est la « parole du Royaume », plus ou moins profitable selon la façon dont elle est reçue. Saint Jérôme remarque qu’il y a trois sortes de mauvaises terres, le chemin, la pierre et le champ couvert d’épines, de même qu’il y a trois espèces différentes de bonnes terres : celle qui rend cent pour un, celle qui rend soixante, celle qui rend trente. Pour le grand docteur de l’Église, ce qui fait la différence, ce n’est pas la nature de la terre, qui est la même dans tous les cas (il est possible de chasser les oiseaux, d’enlever les pierres du sol et d’arracher les épines), mais la volonté. Dans les incrédules comme dans ceux qui croient, c’est le cœur qui reçoit la semence. Le reste relève de la liberté de chacun.
Enfin, cette parabole est un encouragement à annoncer l’Évangile à la multitude comme l’a fait le Christ et comme le recommande saint Paul à Timothée : « proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l’enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques. Mais toi, en toute chose garde la mesure, supporte la souffrance, fais ton travail d’évangélisateur, accomplis jusqu’au bout ton ministère. bien qu’un grand nombre de nos auditeurs ne laissent pas de se perdre, puisque ce triste résultat n’a pas empêché le Seigneur qui prévoyait toutes choses, de répandre la semence de sa parole dans les cœurs. »