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Introduction à Vendredi Saint

S’il est un office où l’on peut se tromper d’atmosphère, c’est bien celui-ci. Arrive alors ce que doit arriver : la liturgie et le sentiment personnel des participants sont en contradiction. Le sentiment personnel des participants, de beaucoup, veut que le Vendredi saint soit jour de deuil, c’est le jour de la mort du Christ. Donc ce jour doit être triste. Or la liturgie, tout en englobant des éléments de deuil, ne laisse pas la tristesse envahir la célébration. Une sereine reconnaissance, une action de grâce pour l’amour du Christ, et jusqu’au cri de victoire s’élèvent du coeur de l’Eglise. A la place de la tristesse froide monte une certaine chaleur et le chant d’une foi consciente d’être libérée par la croix.

Ne tombons pas dans l’autre extrême. Il y a douleur de Vendredi saint. Moins douleur de compassion pour le Christ (il est glorieux, il ne souffre plus) que douleur, tristesse de voir le Mal s’acharner sur le monde ; douleur de compassion pour tant de souffrance, d’injustice, et douleur de nous voir nous-mêmes trahir. Mais la dominante reste le triomphe du Christ.

Certains gestes extérieurs ne doivent pas nous induire en erreur : le jeûne, obligatoire, ce jour, pour toute la chrétienté, est un jeûne pascal, préparatoire à la Nuit sainte, jeûne fervent et non désolé. Il gagne à être poursuivi jusqu’au samedi soir pour disposer le coeur à mieux accueillir le Seigneur ressuscité. Que l’autel soit nu, ce Vendredi saint, sans nappe, sans croix, sans chandelier... ne doit pas davantage être interprété comme un signe de tristesse. La vénération dont on a entouré l’office de ce jour l’a préservé de retouches postérieures, et il a gardé des coutumes très anciennes, comme celle de ne revêtir l’autel que pour autant qu’il est utilisé.

Deux cris contradictoires et cependant inséparables font la trame et la chaîne du tissu liturgique de ce jour : le cri de Jésus : Mon Dieu pourquoi m’as tu abandonné, et le cri de l’Eglise : Par le bois de la croix, la joie est venue sur le monde.

Un ciel nuageux, sombre, mais que le soleil finit par percer. Jour unique où l’effroi de la mort s’accompagne du chant de la vie, où la passion du monde, des opprimés, des mourants unie à la passion du Christ perd son poison de désespoir. Une douleur dont n’est pas absente la joie.
Une grande liturgie de la Parole, plus développée qu’à l’habitude, très ancienne et dont la pureté de ligne est étonnante.

Un impressionnant silence d’entrée nous conduit vers la méditation du Messie souffrant ; elle culmine dans le récit de la passion.

Après la contemplation, l’intercession les grandes prières universelles.
Puis la croix est solennellement vénérée. En apothéose.

La célébration s’achevait primitivement ainsi. Plus tard on ajouta la communion aux présanctifiés.

La célébration débute par une longue prière silencieuse. Il ne faudrait pas l’escamoter, la réduire à une demi-minute à genoux, et la priver ainsi de sa signification. Une véritable prostration du célébrant et de ses ministres serait plus expressive. L’Eglise est littéralement prostrée, silencieuse, bouche bée, dira la première lecture, devant tant d’horreurs et d’injustices qu’a souffert le Christ, et qu’il souffre encore dans notre monde ; prostrée devant ce meurtre de Dieu dans lequel nous trempons encore ; prostrée dans l’adoration d’un destin que personne n’aurait imaginé : l’exaltation du Christ en croix. Adorant de tout son corps étendu le Mystère par excellence, l’Eglise médite l’insondable puissance de l’amour qui retourne la haine en grâce.

Se déroule alors l’office des lectures selon le schéma classique : le Prophète (Ancien Testament), l’Apôtre (épître), le Seigneur (évangile).

Vénération de la croix

La contemplation va atteindre maintenant son sommet dans l’adoration de la croix. C’est un geste émouvant qui ne laisse jamais insensible celui qui vient de méditer avec foi ce que le Christ a souffert pour nous. Il sollicite le repentir du pécheur qu’un chacun de nous se sait toujours être encore ; mais, surtout, il provoque un profond acte de foi en la libération que Jésus nous a donnée sur la croix. Jean, citant le prophète, disait, tout à l’heure, vers la fin du récit de sa passion : « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé » (19,37) - ils le regarderont avec étonnement, car ce Christ souffrant, ils le verront glorieux, triomphant du haut de son gibet. Alors leur regard s’illuminera, leur coeur se gonflera, leur bouche chantera Victoire, tu régneras, ô croix, tu nous sauveras !

La cérémonie revêt quel que ampleur : le célébrant dévoile peu à peu la croix en chantant trois fois : Voici le bois de la croix, qui a porté le salut du monde. Et l’assemblée, se prosternant, répond : Venez, adorons.
Ou peut aussi porter solennellement une croix, en trois étapes, depuis l’entrée de l’église jusqu’au choeur. Si l’on dispose d’une croix triomphale, rayons à la croisée, pierres rutilantes... il faut évidemment la préférer à un Christ meurtri, abîmé dans la douleur. Car c’est le Christ victorieux que nous adorons.

Ici le mot adoration est à sa place plus que partout ailleurs. Le chrétien ne se courbe devant rien et devant personne ; il refuse toutes les idoles : l’argent, le pouvoir, le sexe... mais il se met à genoux devant la croix, parce qu’elle lui a donné sa suprême élévation. Par elle il est devenu fils, fille du Père ; par elle il triomphe des faux dieux ainsi que de l’angoisse et de la mort.

Pendant la vénération, le choeur chante les impropères ou reproches du Christ. Ici la contrition reprend un moment le dessus, la confusion nous couvre le visage et notre coeur est serré quand nous entendons les affectueux reproches de Jésus : Moi, je t’ai fait sortir d’Egypte ; toi, tu m’as livré au grand prêtre ; puis encore : Moi, j’ai fait boire aux eaux vives ; toi, tu me fis boire le fiel. Reproches qu’il nous faut actualiser, car Jésus continue sa passion jusqu’à la fin du monde (Pascal) dans nos frères éprouvés que nous humilions, méprisons, opprimons. Mais la foi en la puissante miséricorde de Dieu reprend le dessus dans l’acclamation du trishagion (trois fois saint) : O Dieu saint, ô Dieu fort , ô Dieu immortel...

Communion

Dans la liturgie antique, la célébration se terminait sur cette exaltation de la croix glorieuse. En apothéose. Il ne semblait pas opportun de faire encore mémoire de la passion par une eucharistie, après en avoir fait mémoire par cette intense et émouvante contemplation. Peu à peu (à partir du 7e siècle) s’infiltra la communion aux présanctifiés, aux saintes espèces sanctifiées, consacrées la veille ; mais longtemps le prêtre fut seul à communier. La réforme liturgique a introduit la communion des fidèles comme participation sacramentelle au sacrifice de la croix, selon le mot de Saint Paul : « Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur » (1 Co 11,26).

La prière silencieuse débouche dans une oraison qui demande : « Que nous soyons, comme le Christ, entièrement consacrés au Père ». Elle se prolonge dans un souhait de bénédiction : « Que nous soit donné ce que nous avons célébré : le pardon, le réconfort dans l’épreuve, une foi plus vive et la libération définitive ».

La célébration terminée, tout le monde se retire en un heureux silence.
La liturgie pascale a quelque chose de déroutant pour nos esprits trop rationnels. Elle célèbre sans doute une succession d’événements qui va de la dernière Cène à la croix, puis à la résurrection et encore à l’envoi de l’Esprit Saint. Mais quand on y regarde de près, on s’aperçoit qu’elle les célèbre tous en même temps : lorsque le Christ est élevé en croix, elle chante une hymne de triomphe, c’est déjà la gloire de Pâques - tandis que le jour de Pâques Jésus montre ses plaies et son côté ouvert. De même l’Esprit, qui sera donné à la Pentecôte, est déjà insufflé au soir de Pâques et, surprise, l’Esprit se répand déjà du côté ouvert du Christ en croix. Quant à la Cène, elle préfigure la passion, et nous y célébrons le Christ ressuscité.

Loin d’être inconséquence et contradiction, cette façon de voir les choses est globale, parce que ces mystères, ces événements sont étroitement liés et inséparables, tout comme on ne peut concevoir une droite sans rapport avec une gauche, et, surtout, parce que la liturgie célèbre un Christ vivant en qui tous ces mystères sont présents en même temps.

Cette liturgie globale a des conséquences précieuses elle nous permet de chanter la gloire au milieu de nos épreuves et, au milieu de nos joies, d’être présents au Christ qui souffre dans nos frères - de jouir déjà de la libération que nous a donnée le Christ, alors que nous marchons encore vers elle.

Le Chemin de la croix

Il est une forme de prière non officielle, née après les croisades. Les franciscains de Jérusalem organisèrent, dès le 14e siècle, des « stations » aux principaux lieux de la passion. Dans nos régions, où il apparaît vers 1450, il fut longtemps érigé à l’extérieur, de préférence sur une colline. Ces étapes, ou stations, variaient. Nos 14 stations se fixèrent vers 1600 et firent leur apparition sur les murs intérieurs des églises vers 1700. Aujourd’hui on aime ajouter une 15e station, celle de la résurrection. On peut d’ailleurs toujours varier les étapes du chemin de croix. Dans certains missels, les évangiles de la passion (Rameaux et Vendredi saint) sont divisés en 14 sections, précédées chacune d’un titre. Excellent outil pour renouveler le chemin de croix dans un sens plus biblique.

Méditation populaire de la passion du Christ, le chemin de croix est volontiers pratiqué par des jeunes pendant une route. Il peut étoffer une assemblée de chrétiens en l’absence de prêtre, comme office de Carême ou de la Semaine sainte. Le malade peut le faire en esprit sur son lit de souffrances. Que dis-je, plus réalistement que d’autre !
La méditation elle-même consiste à contempler les souffrances du Christ. Pour épouser les sentiments de Jésus, son abandon au Père. Pour mieux porter notre propre croix à la suite du Maître. Pour intercéder en faveur de l’Eglise souffrante et de tant d’hommes éprouvés.
Médite maintenant cette passion, assemblée chrétienne. Médite-la, le coeur ému de voir Jésus entrer dans ta souffrance. Et l’âme haute : tu entends le récit de ta propre victoire.

 
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